Marie
Tu m'as dit: "c'est dommage que tu n'écrives pas tous les jours." Regarde, Ann, aujourd'hui, je n'ai rien à dire. Ce n'est pas qu'il ne se passe rien, bien sûr, il y a toujours ce sol qui se dérobe sous mes pieds. Mais il est mou. Alors, je pourrais te raconter successivement ma journée. ça commence par:
j'ai été mettre Lou à l'école Steiner après trois heures de sommeil et quelques bières à mon compteur. Dans le métro, assise en face de moi, elle m'a regardé droit dans les yeux. Elle a commencé sa phrase comme toi, par un : "c'est dommage..." Elle a dit: "c'est dommage que les dessins animés n'existent pas." "Comment ça les dessins animés n'existent pas? ...Ah oui, dans ce sens là". "Ben oui, tu sais, celle que je préfère c'est Cendrillon". Je l'ai fixé un instant et j'ai pensé: "Cendrillon?...pour rien au monde je désire avoir la vie de Cendrillon, je préfère encore ma galère, je dirais même plus, accrochons nous bien." Puis seule dans la rue, je me suis dirigée vers l'appart de ma pote Dominique. J'ai les clefs, elle travaille la journée. C'est un havre de paix où je m'étale sur son grand lit deux places. Il y a tout ce que la société de consommation conseille d'avoir. Une cuisine, une télé DVD et VHS, un ordinateur avec une connexion internet, une salle de bain, une toilette et même des petits plus. Une guitare, un synthé, des partitions, de la lecture. J'entre dans les couvertures chaudes et je rejoue mon école buissonière à la retraite. Puis je me rappelle de cet entretien d'embauche que je dois passer dans l'après-midi dans une école d'Art. Et que je n'ai pas encore préparé. Alors je pense: "qu'est-ce que je vais aller me faire chier à m'occuper de leur Conseil Social". Je me remotive en m'imaginant leur dire: "LE POUVOIR AUX ETUDIANTS" "AUTOGESTION". C'est finalement ce qui s'est passé, mon rêve en vrai. Bon je les ai un petit peu fait rire, j'aime bien dérider les gens, surtout ceux-là. Un peu d'humanité derrière leurs lunettes en fer forgé. Après avoir fumé quelques clopes dans le hall de cette structure aliénante, je suis allée chercher Lou. Cette fois-ci, Chet Baker dans les oreilles. On a écouté la musique ensemble sur le trajet retour, parfois les yeux dans les yeux accompagné de "Je t"'aime ma grosse poule"..."Moi aussi mon petit poussin". On a bouffé de la pizza froide et je lui ai raconté cet autre bête conte "Peau d'âne". Elle adore. Et puis, évidemment, ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants...J'ai refermé le livre et nous nous sommes endormies sur notre matelas une personne, main dans la main, le sourire aux lèvres. Le bonheur est si simple parfois, que je n'ose même pas le raconter. Merci Ann de m'avoir donné le courage. Bonne nuit.L'auteur de ce texte est Marie B.
Marie avait beaucoup de talents .
Marie est partie il y a un an .
J'admirais Marie et j'attendais qu'elle expose à Paris pour aller à sa rencontre. Son travail me touche et j'aime retourner sur son blog pour relire ses écrits, regarder ses photos et je ne suis pas la seule, beaucoup comme moi passent toujours sur son blog, comme si là d'où elle est, elle pouvait encore publier quelques textes, quelques photos.
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